Depuis trop longtemps les Suisses paient beaucoup trop cher les produits importés par rapport à leur prix d’origine. Il faut que ces inégalités disparaissent et que les importateurs cessent de prendre les portemonnaies suisses pour des vaches à traire !
Les Jeunes libéraux-radicaux suisses ont récolté les 50’000 signatures nécessaires afin que le peuple suisse puisse se prononcer sur la Loi sur le prix unique du livre (LPL) votée au Parlement en 2011. Les JLRS s’opposent à cette loi principalement pour deux raisons : parce que cette loi fera augmenter dans le commerce suisse le prix des livres déjà bien trop élevé aujourd’hui et parce que contrairement à ce que certains lobbies de la branche du livre défendent cette loi n’offre aucune mesure permettant d’enrayer la fermeture des petites librairies.
Avant tout argumentaire, il convient d’expliquer brièvement la structure du marché du livre en Suisse. Lorsqu’un texte est rédigé, il est d’abord envoyé à un éditeur qui se charge de la publication. En France, c’est lui qui décide du prix de vente du livre. Le diffuseur se charge ensuite de diffuser le livre sur les marchés économiques nationaux. Lorsqu’un livre du marché français est importé en Suisse, c’est le diffuseur qui en fixe le prix pour le marché helvétique. Le distributeur se charge ensuite de gérer les stocks qu’il fournira finalement à la librairie, dernier maillon de la chaîne avant le consommateur.
Livres français à 80%
En Suisse romande, 80% du marché du livre est composé de livres français importés. Ce sont cinq groupes étrangers (cumulant les fonctions d’édition, de diffusion et de distribution) qui se chargent d’importer ces livres dans nos contrées. Un marché dominé par cinq entreprises, cela s’appelle un cartel. Ce cartel a le pouvoir de décider, par des collusions, du prix en Francs suisses des livres français qu’il importe. C’est ainsi que bien souvent, le lecteur romand découvre sous une étiquette recouvrant maladroitement le prix en Euro que le prix en Francs suisses peut aller jusqu’au double du prix d’origine. Indécent ? Oui, mais normal lorsque l’on sait que seuls trois de ces cinq groupes du cartel d’importation dominent à eux seuls 85% du marché du livre en Suisse romande.
Que propose la loi pour enrayer ce problème ? En votant oui à la Loi sur le prix unique du livre, les Suisses diront oui à l’article 4 de la loi qui indique que «l’éditeur ou l’importateur détermine le prix de vente final des livres qu’il a édités ou importés». Cette disposition est intolérable puisqu’elle cimente dans la législation le pouvoir de la fixation du prix des livres par le cartel d’importation. Le prix des livres augmentera donc, c’est une réalité économique.
Ensuite, les défenseurs de la Loi sur le prix unique du livre brandissent l’argument du sauvetage des petites librairies. Il n’en est rien. Les Jeunes libéraux-radicaux suisses sont convaincus que cette loi ne mettra pas fin aux faillites des petites librairies, au contraire, elle en accélérera le processus. Premièrement, il convient de préciser que la loi ne mentionne en aucun point les petites librairies. Deuxièmement, il est illusoire de croire que les petites librairies bénéficieront, grâce à un prix du livre unifié, un retour dans leur magasin de leur clientèle perdue. La clientèle qui fuit les petites librairies ne fait que suivre les tendances de la consommation nouvelle du livre (achat en ligne, téléchargement de livre sur tablette numérique, etc.). Comprenons une chose : la loi est incapable de verrouiller le développement de l’offre sur internet, on l’a vécu au tournant du XXIe siècle avec l’incapacité des maisons de disque à se convertir vers une offre de la musique sur internet. Il faut ajouter également qu’en France, la Loi Lang sur le prix unique du livre introduite en 1981 n’a pas fait ses preuves afin de réduire la faillite des petites librairies.
Soutenir les petites librairies?
Plus d’un tiers des petites librairies françaises a fermé ses portes depuis, alors que la Suisse compte aujourd’hui encore deux fois plus de librairies proportionnellement, que la France. Si la volonté à la base de la loi était de soutenir les petites librairies, alors il aurait mieux valu développer des moyens capables d’enrayer ce fléau (subventions, baisse de la TVA, etc.).
Les Jeunes-libéraux radicaux prennent à cœur l’argument qui consiste à dire que le livre est un bien culturel et qu’il n’est pas un bien de consommation de base. Cependant, toutes les incitations à la lecture ont pour but d’offrir un accès à la lecture au plus grand nombre de personnes possible, en particulier les jeunes qui lisent de moins en moins. La Loi sur le prix unique du livre achèvera la possibilité pour les librairies d’offrir des rabais allant au-delà de 5%. Cette mesure est une entrave à l’accès aux livres pour les jeunes et les étudiants qui disposent de bourses modestes.
Refuser la loi
Finalement, les Jeunes libéraux-radicaux suisses estiment que si cette loi est mauvaise, il faut la refuser d’abord et répondre à la problématique qu’elle a soulevée ensuite, à savoir lutter contre le prix trop élevé du livre. Dans ce but, les JLRS soutiennent deux démarches réalistes, l’une visant à baisser le prix du livre en Suisse romande, l’autre visant à soutenir les petites librairies. Premièrement, les JLRS saluent l’initiative de la Commission de la concurrence (COMCO) qui a ouvert une enquête en 2005 contre le cartel d’importateurs du livre, mais qui a du suspendre ses travaux lorsque le référendum des JLRS a abouti.
Le président de la COMCO, le Docteur Vincent Martenet, a déclaré récemment que la COMCO rouvrirait son enquête si la loi devait être refusée. Il convient de noter que la COMCO a réussi à casser en partie le cartel d’importateurs du livre en Suisse alémanique en 2007, ce qui a notablement baissé les prix, rendant ainsi ce marché un peu plus libre.
Deuxièmement, les petites librairies pourraient être encouragées à innover afin de se maintenir sur le marché. Aux Etats-Unis l’offre d’impression à la demande d’un catalogue contenant plusieurs centaines de milliers d’œuvres a permis à des milliers de petites librairies américaines de se maintenir sur le marché. Cinq cents librairies ont même ouvert leurs portes depuis que cette nouvelle technologie s’est généralisée dans ces commerces. Prétendre que des solutions alternatives à la mauvaise Loi sur le prix unique du livre n’existent pas est dès lors un acte de mauvaise fois de la part des défenseurs de cette loi qui, il faut le noter au passage, sont presque tous issus des métiers du marché du livre.